La commune temporaire du Dégagnazès...

Publié le par Mairie de Peyrilles

Les Archives départementales du Lot conservent un certain nombre de documents relatifs à l'existence de la commune du Dégagnazès entre l'an IX de la République (1800-1801) et le 20 juin 1821, date à laquelle cette commune "irrégulièrement érigée en mairie" fut dissoute par ordonnace royale.

Deux documents en particulier ont retenu mon attention. Conservés sous la cote 1 M 177, il s'agit des textes de deux pétitions d'habitants d'Uzech et de Thédirac qui résidaient en l'an IX dans des hameaux qui allaient être détachés de leur commune d'origine pour former celle du Dégagnazès... Cette perspective ne semblait guère les réjouir !

Les textes sont reproduits dans leur forme d'origine.

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au citoyen Prefet du Departement du Lot a Caors

 

Les citoyens des villages de la prade blazi rocques glaudy et rimat de tout temps de la commune duzech des oules vous expose que la pretandu commune du degagnazès les auroits compris dans con arrondissements par usurpation et voie de fait puisquil nonts jamais donné leur consentemant a cet acollemant, ils reclament de votre ecquité qui soit rayés du tableau du degagnazès de même que tout le teritoire compris dans la dite usurpation jusques au foce qui a toujours fait et fait encore la cloture dudit degagnazès qui n’est cune vielle majure de couvant un peu au dessus d’un marais a passé qui y rand la fievre eternelle ou il ni a cune famille et un selivataire acquereurs des ruines de ce couvant. L’un est maire et l’autre adjoin et forment presque toute la commune, nous demandons de rester annexés à la commune duzech ou nos biens sont detout temps encadastrés et ou nous avons toujours payer les impositions et dou nous sommes apportés de recevoir du secour et a surés detre a couver dans les assamblées communales et faire justice.

salinie     segui

avezou maire
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au citoyen Prefet du Departement du Lot

 

Citoyen

Guillaume Boyé, Jean Couderc, Anne Loubieres, Pierre Rouquié, Pierre Cangardel, Pierre Escalié, Louis Molinier, Pierre Bonnafous, Jean Jarlan, Jean Delsol, Jean Bonnafous, Jean Delsol ainé, Louis Feyt, François Feyt,  Jean-Pierre Talou, Jean Guérin, Louis Delfort, Jean Bonnafous, Jaqis Bousquet, tous habitant des hameaux des falgayrines, lemboulié, mas de guiral et toule commune de Thédirac, ont recours à votre protection pour les soustraire à l’exécution d’un projet desastreux dans lequel on leur fait craindre qu’ils seront compris, on les menace de les separer de la commune de thédirac pour les reunir a celle qu’on veut tenter d’eriger au degagnazes. L’annonce d’un pareil malheur a porté l’alarme dans tous les vilages qu’on a dit etre marqués pour concourir à ce plan de reprobation.

            En effet citoyen prefet, si vous aviés des coupables a punir, et qu’il fallut, pour satisfaire a la justice, les releguer dans un desert, où ils fussent privés des douceurs de la vie, vous ne trouveries pas, dans tout le departement, un exil plus convenable.

            Le Degagnazès ou il n’y a qu’une petite eglise delabrée contigüe aux mazures d’un cydevant couvent de moines, est placée dans un valon, ou des eaux croupissantes forment un marais infect ; l’air qu’on y respire, l’eau qu’on y boit, sont impregnés de cette odeur inephitique qui devient un poison, et frappe du scorbut les infortunés reduits à vegeter dans cette terre de desolation.

            Comment se peut il  que ce lieu disgracié de la nature, propre tout au plus a former un simple element, une fraction insensible d’une corporation quelconque, ait eu l’ambition de devenir chef lieu de commune, et que des gens mal intentionnés ou induits a erreur ayent surpris de votre religion la sanction d’une œuvre aussi malencontreuse.

            Le petit terrein qui compose cette pretendue commune, couvert de bruyeres, de genets et de quelques arbustes n’est susceptible de culture que dans une tres petite partie de ce qui formait autrefois l’enclos du cidevant couvent . L’on n’y remarque que trois ou quatre chaumieres et une seule maison qui ait l’apparence d’une habitation rurale, quelques villages disseminés a une certaine distance de ce territoire, et dont ou pretend composer la chetive commune du dégagnazès, ne sont habités que par des pauvres cultivateurs incapables de fournir des sujets pour remplir les charges municipales et former le conseil de la mairie, d’où resultera le terrible inconvenient de voir terminer, dans la même famille, l’exercice de toutes les fonctions publiques.

            Les petitionnaires ne peuvent dans aucun cas, etre appellés au degagnazès ni par leurs affaires, ni parleur gout, ni par leurs habitudes. La pluspart des hameaux qu’on pretend frapper du malheur de cette reunion ne peuvent aboutir au chef lieu que difficilement faute de chemin direct ; le vallon est tellemnt etroit qu’il s’y forme durant les grandes pluyes un torrant qui interupte la communication avec d’autres. Rien de ce qui peut attirer des etrangers, tout ce qui peut les en eloigner, se trouve egalement concentré dans ce desert où il  faut etre né pour continuer d’y vivre.

            Les petitionnaires vous supplient donc citoyen prefet, de les laisser à  leur commune unis, d’ecarter de leur tête le fleau d’une reunion bizarre ; elle est contraire a leur vœu, a leur interêt, a la conservation de leur santé et au bon ordre des choses.

            Si vous ne daignés avoir egard a leur instante reclamation, ils declarent qu’ils sauront se taire mais qu’ils sauront aussi ne jamais reconnaître une autorité municipale qu’ils desavouent, ni jamais obeïr a tout appel qui sera fait a leurs personnes pour avouer une corporation trop desastreuse ou pour concourir aux operations qui resulteront de cette formation monstrueuse contre laquelle ils font toutes leurs protestations.

 

Boyé     Couderc     Bonnafous     françois     Guerain     cangardel     escalier

 

            Le maire de la commune de mongesty et thédirac réunies certifie et atteste devant quil appartiendra que la petition cy decrier   et dessus ecrite ne contient que la pure et réelle verité, en foi dequoy a monge’sty le 17 ventose an 9 de la republique.

Bonafous maire

 

Publié dans Chronique historique

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